Et si ce gouvernement brutal avait créé un renforcement de la convergence des luttes ?

Lundi dernier, après 32 jours de grève, les salariés de la déchetterie des Pennes-Mirabeau ont enfin obtenu des avancées importantes sur leurs revendications.

CnKRvLyWYAAbAKi.jpg_large32 jours de grève pendant lesquels il y a eu des blocages du site. En effet, la direction cherchait à recourir à des intérimaires pour remplacer les grévistes. Je tiens à préciser ici que c’est bien sûr absolument illégal de la part d’un employeur ; cela constitue une atteinte au droit de grève.
32 jours de grève durant lesquels nous avons été plusieurs fois délogés par la police.
32 jours de grève durant lesquels la solidarité a été totale avec les salariés, où des militants organisés ou non étaient présents à leurs côtés tout au long de ce conflit.

Tout d’abord, je voudrais revenir sur la genèse de ce conflit social. Il est emblématique de ce que j’ai pu voir sur d’autres sites bloqués dans la région.

Cette lutte est née du refus de la loi El Khomri et des mobilisations dans tout le pays. Comme dans beaucoup d’entreprises, des salariés inquiets pour leur avenir à cause de cette loi passée à coups de 49-3, de répressions syndicales, d’arrestations arbitraires en marge des manifs et du mépris gouvernemental du mouvement social, ont décidé d’organiser des assemblées générales pour voter ou non l’arrêt de leur travail. Ils ont acté la grève.

On ne le rappelle pas assez souvent, mais la grève est une décision collective difficile à prendre : les uns et les autres savent qu’ils vont perdre du salaire, qu’ils sont regardés, qu’ils vont avoir à faire face à leurs chefs de service, aux non grévistes, à leur direction et à l’opprobre déversé à longueur de temps dans les médias.

Nous étions nombreux, contre la loi travail, présents sur ces piquets de grève afin de les soutenir tant financièrement que moralement. L’UD CGT 13 et l’UL de Gardanne étaient très présentes et utiles car elles connaissent parfaitement le Code du travail et ça permet de se prémunir contre des intimidations.

Bref, vous l’avez compris, ce mouvement de grève est parti du refus du 49-3 et de la loi El Khomri.

ClnK_EZWYAI9E_J.jpg_largeAu fur et à mesure, des discussions sont apparues comme évidentes autour des atteintes à la dignité des travailleurs de la déchetterie des Pennes Mirabeau (SITA-SUEZ). Par exemple, sur un site où travaillent environ une soixantaine de salariés, il n’y a qu’un seul WC, nettoyé une seule fois par jour dont la porte donne directement sur la salle de pause… Par exemple, sur un site où les employés travaillent des déchets, il n’y a qu’une douche en fonctionnement. Cela signifie concrètement qu’ils rentrent chez eux le soir sans s’être débarrassés des bactéries et autres nuisibles qui traînent (à moins de faire la queue pendant deux heures, en dehors de leurs heures de travail, avant de quitter l’entreprise). Par exemple encore, la prime de pénibilité et de dangerosité (reconnue par les accords de branche, mais qui doit être négociée dans l’entreprise) n’existe pas et bien d’autres choses.

S’en est suivie la rédaction d’un cahier de doléances avec des revendications claires soumises à la direction. Pendant 32 jours, ils ont eu à faire à un employeur qui, sans jamais chercher à négocier, a tenté de les faire « plier » en envoyant la police pour les déloger, en faisant appel à un huissier pour les intimider et en les menaçant de représailles judiciaires.

pennesLundi dernier, après une énième intervention de la maréchaussée, les salariés se sont rendus sur le site de la maison mère aux Milles (Aix-en-Provence) afin d’obtenir une réunion avec leur direction. Celle-ci s’est enfin tenue en présence de salariés, d’un secrétaire départemental de la CGT et de trois responsables de l’entreprise (la DRH, le directeur de la collectivité PACA et le directeur général région Méditerranée). Cette réunion a duré quatre heures, avec une direction décidée à ne rien céder pour éviter « la contamination », éviter que d’autres salariés du groupe décident eux aussi de se battre pour améliorer leurs conditions de travail.

In fine, grâce à la lutte, les employés ont obtenu :

  • La pause habillage/déshabillage passe de 15 minutes à 30 minutes (gain 50€ par mois) ;
  • La construction de douches supplémentaires (1 pour 5 salariés) ;
  • Une porte pour les WC qui ne s’ouvre plus sur la salle de pause ;
  • L’application de l’article 31 de la convention de branche consistant en une prime de pénibilité et de dangerosité. En fait, l’Entreprise a préféré l’appeler « prime de productivité », afin d’éviter de donner des idées aux autres salariés du groupe…
  • L’ouverture de discussion pour que la pause réglementaire soit payée ;
  • L’abandon d’éventuelles plaintes contre les grévistes et/ou leurs soutiens ainsi que la garantie d’aucune discrimination syndicale (depuis deux ans cette motion apparaît de plus en plus dans les négociations de fin de conflit. C’est lié au climat ambiant de criminalisation de l’action syndicale).

Moralité : la lutte paye.

Le décalage entre les promesses du candidat François Hollande et la politique menée par son gouvernement a provoqué dans la population un rejet de la politique. Mais, celui-ci s’accompagne de vrais questionnements sur ce que devrait être le monde.

Le rejet massif de la loi El Khomri réveille, peu à peu, une conscience de classe. Face à l’offensive des marchés financiers servie par un Parti Socialiste au pouvoir, il n’y a que la convergence des luttes qui les fera plier. La belle lutte de la déchetterie des Pennes Mirabeau en est une illustration exemplaire.

Continuons, à nous serrer les coudes partout où c’est possible.

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